Lot 261
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JEAN-BAPTISTE MARCHAND

50 L.A.S. à son frère Auguste (une à ses parents, qq. unes à sa soeur Constance).
1883-1912. 192 pp. in-8 (majoritairement). Défauts, déchirures.
Merveilleuse correspondance en grande majorité écrite durant ses années africaines (1889-1895). Frère protecteur et mentor, il relate ses exploits, sa vie palpitante et rude, aventureuse et pleine d'incertitudes, où la mort peut le cueillir à chaque instant.
Citons, parmi beaucoup d'autres intéressantes, cette lettre écrite après la bataille (et la prise) de Diéna (Mali) au cours de laquelle il fut grièvement blessé. [Le 24 février 1891, Archinard attaque les guerriers Bambarra repliés dans le village de Diéna où ils retiennent prisonnier le lieutenant de vaisseau Hourst, parti en mission de reconnaissance sur le fleuve Niger depuis le 22 janvier. Avec ses hommes, il libère le village après de rudes combats causant plusieurs centaines de morts et où sont blessés des officiers qui vont s'illustrer plus tard, Mangin, Marchand et Klobb].
«Ségou [Mali], 2 mars 91. Mon cher Auguste, tu ne vas pas reconnaître mon écriture. Je t'écris de la main gauche, j'ai eu le bras droit crevé par les balles le 24 février à l'assaut de Diéna, j'ai failli tout recevoir dans le ventre et là j'étais... flambé, un bond violent de côté m'a sauvé. J'ai un certain nombre de nerfs coupés, mais on n'en meurt pas; une balle entrée près de la saignée du bras est allée ressortir au coude, traversant de part en part. J'ai reçu une flèche empoisonnée à la poitrine, mais je l'ai arrachée moi-même sans qu'elle ait pénétrée au sang; c'est à ce moment que j'ai reçu à bout portant la décharge des fusils et cette fois ça est entré en plein bois. Pas mal de camarades par terre. J'aurai peut être bien un doigt ou deux estropiés, mais ce sera tout; dans quinze jours je rejoindrai la colonne pour continuer la campagne, car j'ai besoin de me refaire un peu de sang pour remplacer le litre que j'ai perdu. C'est la première fois que je vois des flèches, surtout empoisonnées. Les archers sont terriblement adroits. À l'assaut d'ailleurs on se bat à bout portant, maison par maison. Le poison est mortel en 2 heures; il est végétal naturellement, c'est le suc d'une liane barbue à fruits noirs de la forme d'un haricot - pas plus gros. Le jus cuit est couleur marron foncé. On trempe les flèches dedans. On croirait du vernis, le fer de la flèche est tout petit, barbelé et vissé à l'extrémité d'une baguette de bambou [il illustre ses propos d'un croquis]. L'arc est très grand, en bambou, et ce qu'il y a de curieux, la corde aussi est en bois-flexible, élastique. La flèche porte à 250 mètres mais à 50 mètres, elle traverse fort bien une poitrine. Elle s'arrête toutefois contre les os. Le contre poison, heureusement connu, est la teinture d'aconit. J'ai vu ton bulletin. Continue à me les envoyer. Travaille mon ami, travaille. Je jugerai de tes efforts au résultat, et ce résultat je le veux grand, éclatant. Le travail est dur souvent, rebutant parfois, mais combien peu de choses cela devant la satisfaction du devoir accompli. Et le but, tu sais notre but toujours plus brillant parce que chaque jour plus rapproché. Un jour viendra où tu mettras ton sabre à côté du mien, et ce jour n'est pas loin. Mais ne le compromets pas. Travaille! Il y a encore des petits camarades devant toi, n'est-ce pas? Alors quoi! A l'assaut! Je suis fort ici parce que je sens que tu travailles là bas, et que le jour venu tu saurais me remplacer. «Toujours plus haut», honneur et patrie, c'est gravé sur la croix. Sois digne de porter plus tard celle que je te léguerai si je succombais ici [...]».
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